Parc national de la Guadeloupe
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Les particularités géologiques du cœur de parc national

Le cœur du parc national de la Guadeloupe comme vous ne l’avez jamais vu !

Découvrez les sites emblématiques du cœur de parc national sous un nouvel angle ! A l’occasion de la Journée mondiale de la Terre le 22 avril, le parc national de Guadeloupe vous fait découvrir les particularités géologiques de cinq lieux remarquables classés cœur de parc national. Vous connaissez déjà peut être ces sites pour y avoir randonné mais connaissez-vous vraiment l’histoire géologique cachée derrière chacun de ces lieux ?

L’histoire géologique des sites de la Basse Terre est assez récente sur l’échelle des temps géologiques, puisqu’elle se situe entre -2,5 millions d’années et la période actuelle. Elle est concentrée dans les époques entourées en rouge sur le schéma ci dessous.

Mais certains sites sont légèrement plus anciens que d’autres, ainsi les Mamelles sont plus anciennes que la Soufrière par exemple.

Les Mamelles

A quoi ça ressemble ? Les Mamelles comptent deux dômes : la Mamelle de Pigeon (768 m) et la Mamelle de Petit-Bourg (716 m). Ces dômes forment des reliefs bien marqués dans le paysage dont les bases varient entre 700m et 800m de diamètre. La superficie totale du site est de 0.5 km². L’évaluation de l'intérêt patrimonial du site est de 25/48, note obtenue notamment avec le degré de rareté du site, qui est ici d’une rareté au niveau régional.

Comment s’est formé ce site ? Les Mamelles sont deux dômes de lave associés à la remontée d'un magma relativement récent, au milieu de formations plus anciennes. Le magma de ce site est de type dacitique ; la dacite étant une roche magmatique volcanique refroidie rapidement. La présence de petites sphères vitreuses, appelées brèches perlitiques, témoignent d'un refroidissement brutal de la lave. Cette roche, la dacite est porphyrique, c’est à dire qu’elle contient des phénocristaux, de gros cristaux visible à l’œil nu comme le quartz. A l’échelle des temps géologiques et comparée aux formations environnantes comme celle du Morne à Louis, la mise en place des Mamelles est récente. Cette mise en place peut être située entre 2 et 1 million d’années (Ma) durant le Pléistocène inférieur, l'âge en datation absolue des Mamelles étant de 1,46 ± 0,03 Ma.

Pour aller plus loin : Les férus de minéralogie seront intéressés de savoir que malgré l'altération, il est possible de distinguer des phénocristaux de plagioclase, des hyperstènes ceinturés ou non d'augite, des minéraux opaques, des hornblendes profondément résorbés, des quartz et de l’olivine en très faible quantité.

Crédits : Lara Balais PNG

La Soufrière

A quoi ça ressemble ? La Soufrière de Guadeloupe culmine à 1467 m. Il est l'un des nombreux volcans actifs de l'arc des Petites Antilles et l'un des quatre volcans actifs français. Elle appartient à l'ensemble volcanique Grande Découverte-Soufrière, situé dans la partie sud de la Basse-Terre. La base du dôme mesure environ 850m de diamètre. La superficie totale du site est de 0,57 km². L’évaluation de l'intérêt patrimonial du site est de 40/48, note obtenue notamment car ce site est de rareté internationale !

Comment s’est formé ce site ? Le dôme de la Soufrière ne représente qu’une petite partie d’un volcan beaucoup plus vaste : le volcan composite de la Grande Découverte. Sa formation date de l’Holocène (0.0117 millions d'années) et son activité date de 8 500 ans à nos jours. La Soufrière est un volcan encore en activité. Il s’agit d’un dôme composé notamment d’andésite basaltique, une roche volcanique créée à partir de lave visqueuse. Cette lave visqueuse fut la cause d’une activité explosive d'intensité modérée.

Depuis sa mise en place, de nombreuses éruptions phréatiques se sont produites. Ces éruptions sont un type d’éruption volcanique caractérisé par une explosion violente éjectant une importante masse d'eau sous forme de vapeur et de fines gouttelettes d'eau condensée, avec éventuellement des gaz volcaniques. Ces éruptions résultent du réchauffement, de la vaporisation et de la détente brutale des nappes phréatiques superficielles. Elles sont dues à une montée de magma n’atteignant pas la surface.

La Soufrière est le siège d'une activité hydrothermale (sources chaudes) importante qui s'est intensifiée depuis plusieurs années. Son suivi instrumental est assuré par l'Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Guadeloupe.

Pour aller plus loin : La fracturation du dôme de la Soufrière est illustrée par les différentes failles. La Fente du Nord, la Faille du 30 Août 1976 et le Gouffre Breislack sont en effet des zones de faiblesse de l’édifice qui ont été très actives lors des dernières éruptions phréatiques. Le Cratère du Sud et le Gouffre Tarissan sont également des fractures profondes du dôme, lieux de fumerolles assez intenses, c’est-à-dire des émanations de gaz et vapeurs.

Crédits : Stéphane Di Mauro PNG

La Citerne

A quoi ça ressemble ? La Citerne appartient à l’ensemble volcanique de La Soufrière dans le sud de la Basse-Terre et culmine à 1155 m. Elle s’est construite sur le flanc du volcan composite de la Grande Découverte et se situe à 1,5 km au sud-est du dôme de La Soufrière. Avec une morphologie bien conservée et un diamètre à sa base de plus de 800m, la Citerne est un cône régulier dont le sommet est tronqué et abrite un cratère d’une profondeur d’une cinquantaine de mètres, le tout sur une superficie totale de 1,75 km². On note également la présence d'un lac de cratère au sommet de la Citerne : le lac Flammarion. L’évaluation de l'intérêt patrimonial du site est de 23/48, et son degré de rareté est régional.

Comment s’est formé ce site ? La mise en place de la Citerne s’est effectuée par un empilement de projections, dans lesquelles se sont intercalées des coulées de lave peu épaisses et des produits d’éruptions phréatomagmatiques. Les éruptions phréatomagmatiques, comme les éruptions phréatiques, sont des explosions avec éjection d’eau générées par le contact entre du magma et des eaux souterraines. Cependant, à la différence des éruptions phréatiques, les éruptions phréatomagmatiques expulsent aussi des roches, en plus de l’eau.

L’imbrication des matériaux constituants les cônes de la Citerne et de l’Échelle, situés juste à coté, indique que leurs mises en place respectives sont contemporaines. Le site n’a pas été daté directement, mais on estime qu’il se serait formé il y a 1700 ans. Des morceaux de bois contenus dans les éclats de lave solidifiés de la Citerne, témoins de son ancienne activité, ont été datées par la méthode du carbone 14 (14C) et viennent confirmer cette estimation. La datation 14C repose sur la mesure de l’activité radioactive des molécules de carbone restantes dans un organisme. Cette méthode permet de dater les morceaux de bois retrouvés dans la roche et donc d’en déduire la date de mise en place de la Citerne.

Pour aller plus loin : La Citerne est un appareil volcanique dit de type strombolien, en référence au volcan Stromboli situé dans les îles Eoliennes d’Italie, car leurs éruptions présentent des similitudes. Les éruptions stromboliennes sont des éruptions mixtes et se caractérisent en particulier par l’émission de produits tant liquide (laves), que solides (bombes) et gazeux (CO2, H2S, et vapeur d’eau notamment). L’édification de l’appareil est rapide, de quelques jours à quelques mois, en un unique épisode.

Crédits : Stéphane Di Mauro PNG

Grand Étang

A quoi ça ressemble ? Perché à 400 m au-dessus du niveau de la mer, le Grand Étang est une dépression remplie d'eau de 300 m de large pour 450 m de long, entre les reliefs de la Crête à Bambous et du morne Marie-Galandais. La superficie totale du site est de 0,1 km². L’évaluation de l'intérêt patrimonial du site est de 23/48, et son degré de rareté est régional.

Comment s’est formé ce site ? Le Grand Étang est situé au cœur du complexe volcanique de la Madeleine, mis en place il y a moins de 90 000 ans, sur les flancs du Complexe Grande-Découverte-Soufrière. L'activité volcanique qui a donné naissance au complexe de la Madeleine s'est traduite par des coulées de lave volumineuses et particulièrement épaisses, longues de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres, se déversant vers l'est et le sud-est et créant des dépressions naturelles. Ces dépressions vont se remplir d'eau sous l'effet du ruissellement ou de l'alimentation par les nappes d'eaux souterraines. Grâce à leur soubassement argileux qui empêche l'eau de s'infiltrer dans le sous-sol, elles peuvent constituer des plans d'eau permanents, c'est le cas du Grand Étang.

Pour aller plus loin : Les Étangs Roche, Madère et As de Pique ont la même origine que le Grand Étang mais ils sont de taille plus réduite et ne sont pas permanents. Leur alimentation par le ruissellement et les eaux souterraines est sans doute moindre et des fuites d'eau dans le sous-sol sont suspectées. De plus, l'évaporation durant la saison sèche a un impact plus fort en raison de leur faible volume.

Chutes du Carbet

A quoi ça ressemble ? Les trois chutes du Carbet prennent naissance sur des ressauts morphologiques correspondant à l’empilement de coulées de lave. La première chute effectue en deux paliers, un saut de 115 m. La deuxième chute, haute de 110 m, est la plus connue et la plus accessible. Enfin, la troisième chute, d’une hauteur de 20 m, atterrit dans un magnifique bassin circulaire. Elle est surtout impressionnante par son volume d’eau. La superficie totale du site est de 0,1 km². L’évaluation de l'intérêt patrimonial du site est de 23/48, et son degré de rareté est régional.

Comment s’est formé ce site ? La première chute du Carbet ferait partie d'un ensemble géologique plus récent, par rapport aux deux autres chutes, ces formations n’ont pas pu être datées directement, mais leurs âges doivent se situer entre il y a 11 500 et 140 000 ans. La deuxième chute du Carbet est située elle, dans des coulées liées à la phase Grande Découverte sensu stricto. Cette phase correspond à la construction de l’essentiel du volume du massif de la Soufrière. Elle est représentée par un ensemble de coulées laviques massives superposées, de composition andésitique, qui affleurent de manière irrégulière à la périphérie du massif et en forment l’armature morphologique. Cette phase aurait duré environ 30 000 ans, il y a 140 000 ans. La troisième chute du Carbet est localisée au front de la coulée la plus en aval de l’ensemble Grande Découverte, reposant sur des formations géologiques plus anciennes. Son ressaut correspond à la hauteur de la coulée. Cette coulée a été datée à 129 000 ans.

Pour aller plus loin : Les terrains du site des chutes du Carbet datent donc de périodes différentes, les plus anciens remontant au Pléistocène moyen (0.774 millions d'années) et les plus récents au Pléistocène supérieur (0.0117 millions d'années).

Crédits : Estelle Bosc PNG

Pour plus d’info sur les sites terrestres situés en cœur de Parc : http://www.guadeloupe-parcnational.fr/fr/des-decouvertes/les-sites/espac... ou pour découvrir les sites à travers des visites virtuelles : https://visites-virtuelles.guadeloupe-parcnational.fr/. Egalement, afin de préparer vos prochaines randonnées : https://www.randoguadeloupe.gp/

Ces sites situés en cœur de Parc font partie du patrimoine naturel exceptionnel de la Guadeloupe, mais ne sont pas les seuls : pour découvrir le reste des sites remarquables de Guadeloupe en terme de géologie, consulter l’adresse suivante : https://inpn.mnhn.fr/accueil/recherche-de-donnees/inpg 33 sites au total y sont répertoriés pour l’archipel de Guadeloupe !

 

 

Article rédigé par :
Jeanne Briche
Chargé de mission «Valorisation scientifique»
Département Patrimoines et Appui aux Territoires - Service Patrimoines naturel, paysager et culturel.

Date de publication : Avril 2022