Parc national de la Guadeloupe
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Stratégie pour une gestion durable des espèces de crabes semi-terrestres comestibles

Stratégie pour une gestion durable des espèces de crabes semi-terrestres comestibles, Cardisoma guanhumi (Crabe blanc) et Ucides cordatus (Crabe à barbe)

Le crabe blanc ou crabe de terre (Cardisoma guanhumi) et le crabe à barbe (Ucides cordatus) font partie du patrimoine culinaire de la Guadeloupe. Ces deux espèces, autrefois, consommées essentiellement aux périodes de Pâques et de Pentecôte, sont maintenant pêchées toute l’année et leurs populations sont sérieusement menacées. Les habitants de plusieurs communes de Guadeloupe ont dénoncé leur surexploitation et les méthodes de capture non sélectives utilisées.

Fort de ce constat, le Parc national de Guadeloupe a proposé une stratégie de gestion durable visant à limiter la pression sur ces populations de crabes en collaboration avec Madame Sonia Bourgeois-Lebel, retraitée de l’Université des Antilles et spécialiste du crabe blanc.

Cette stratégie portant sur les périodes et les techniques de prélèvement se base sur des observations de terrain et sur l’étude de la biologie des crabes.

Elle répond a une orientation de la charte du territoire du Parc National de la Guadeloupe pour l’Aire Maritime Adjacente et l’Aire d’adhésion qui est la gestion patrimoniale de certaines espèces et des milieux naturels.

Le déclin des populations est attribué à la destruction de l’habitat, à la pollution due aux engrais et pesticides venant des zones de cultures, à une pêche toute l'année sans tenir compte des périodes d'accouplement, à la surpêche avant les fêtes de Pâques et de Pentecôte et spécialement à l’approche de la « Fête du crabe » et enfin aux techniques de capture non sélectives.

Les préconisations pour une gestion durable de la ressource sont de préserver l’habitat naturel en respectant les circulations d'eaux souterraines ainsi que leurs bonnes qualités afin de permettre aux crabes de respirer au fond de leur terrier, de proposer ou fixer une taille minimale de capture et privilégier les boîtes à crabes (pièges) dont l’ouverture ne permet que la capture des individus ayant la taille minimale requise, d’informer sur les moments importants des périodes de reproduction des crabes et préserver, dans le cas de C. guanhumi, les individus dont les couleurs caractérisent les stades juvénile et transitoire, de sensibiliser la population sur les techniques de capture non sélectives et de se rapprocher de l’association APRODECARM ((Association pour la protection des crabes et autres ressources de la mangrove), organisatrice de la « Fête du crabe » afin d'accompagner cette manifestation.

Propositions de gestion

Les captures du crabe de terre ou crabe blanc et du crabe à barbe seraient autorisées du 1er octobre au 15 mai de chaque année et ne concernent que les individus dont la taille de la carapace de l'avant à l'arrière est supérieure à 60 mm. Il est donc interdit de capturer ces crabes du 16 mai au 30 septembre.

 

Cycle de reproduction et de capture des crabes

 

Les méthodes de capture

Seule la capture à l'aide de « boîtes à crabes » sera autorisée pour le crabe de terre ou crabe blanc. Cependant, ces boîtes devront présenter une ouverture permettant l’échappement des crabes de taille inférieure à 60 mm. Le crabe à barbe devra être capturé uniquement à la main.

Par ailleurs, la capture de ces crabes à l'aide de filets et/ou de produits chimiques sera interdite toute l'année.

Monsieur Franck Garain président de l’association APRODECARM a adhéré à ce projet de stratégie et a organisé avec le Parc National un « Bik A Pawol » une « soirée débat » avec le public sur la thématique « Krab là sé richès an nou » (le crabe c’est notre richesse). Cette soirée a connu un vif succès auprès du public et sera reconduite dans d’autres communes afin de sensibiliser la population sur cet enjeu.

Un protocole d’étude a été mis en place dans les différents habitats fréquentés par ces crabes (la mangrove, la forêt marécageuse et les prairies humides) sur les communes de Morne-à-L'Eau, les Abymes, Vieux-Habitants et Sainte-Rose, en collaboration avec les Gardes du littoral et les Agents du Pôle Aire d'Adhésion. A l'intérieur de ces zones on distingue les terriers ouverts occupés, les terriers ouverts inoccupés et les terriers bouchés. Au moment où les crabes changent de carapace, ils bouchent leur terrier avec de la terre. Trois relevés par an seront réalisés : le premier avant les fêtes de pâques : le deuxième deux semaines après les fêtes de Pâques pour connaître l'impact des prélèvements et enfin le dernier trois mois plus tard pour évaluer la vitesse de recolonisation des terriers.

Les communes ont accueilli de façon positive cette initiative et les Gardes du littoral sont motivés pour réaliser les suivis. Cette étude s'inscrit dans les actions proposées dans les plans de gestion sur les sites du Conservatoire du littoral, notamment pour les communes de Morne-à-L'Eau et des Abymes.

Les différentes instances du Parc national ont donné un avis favorable a cette démarche.

La Direction de la Mer est en charge de réviser l’arrêté portant sur la réglementation de l’exercice de la pêche maritime de loisir dans les Eaux de Guadeloupe. Un article du texte concernera la pêche aux crabes et reprendra les préconisations de gestion du Parc National. Des consultations seront menées avec toutes les parties concernées par cet arrêté..

Ce modèle de gestion permet à la fois de respecter les traditions culturelles de garantir une certaine viabilité économique et de protéger les femelles portant des œufs où leur nombre est plus important.

Un prélèvement raisonné de cette ressource permettrait également de pérenniser les manifestations locales.

Suivi en prairie humide
Suivi en prairie humide