Parc national de la Guadeloupe
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Le 08/09/2020
Scientifique
Dans l’objectif d’évaluer les effets de l’absence depuis trois mois de l’homme sur les récifs coralliens à la suite du confinement lié au COVID 19, les agents du Parc National de la Guadeloupe ont effectué au mois de mai 2020 une plongée sous-marine aux îlets Pigeon et ont observé, certes des mérous de nassau et des pagres vivaneaux de taille exceptionnelle pour ce site, mais également une nouvelle maladie corallienne.
Meandrina meandrites
Meandrina meandrites © C. Bouchon

Claude Bouchon* et Yolande Bouchon-Navaro*, présents au cours de cette plongée ont identifié cette maladie. Elle a été appelée « Scleractinian coral tissue loss disease » (SCTLD) lors de sa découverte en Floride en 2014, juste après un épisode de blanchissement corallien. Elle s’est depuis répandue vers le sud de l’Arc Antillais.

La traduction en Français du nom de cette maladie correspond à une perte des tissus vivants coralliens. Elle se manifeste par l’apparition sur le corail de zones blanches, correspondant à la disparition des tissus vivants coralliens, qui en s’étendant rapidement, finissent par entraîner la mort de la colonie corallienne en quelques jours. L’origine de cette maladie semble être bactérienne.

Orbicella faveolata  © C. Bouchon

En Guadeloupe, cette maladie est apparue pendant la période de confinement ce qui n’a pas permis d’assister à son début. Cependant, comme en Floride, en 2014, elle a succédé à un épisode de blanchissement corallien qui a touché nos coraux d’octobre à décembre.

Depuis, Claude Bouchon et Yolande Bouchon-Navaro ont réalisé un suivi de cette maladie dans le Grand Cul-de-Sac Marin, le Petit Cul-de-Sac Marin et la côte sous-le-vent en collaboration avec le Parc national de la Guadeloupe.

 

Environ la moitié des espèces de coraux a été touchée par la maladie en Guadeloupe. Parmi les espèces de coraux affectées certaines sont plus sensibles que d’autres, c’est-à-dire par ordre d’importance décroissante : Diploria labyrinthiformis, Meandrina meandrites, Montastrea cavernosa, Orbicella faveolata, O. annularis, Colpophyllia natans, Siderastrea siderea…

 

Cette maladie est censée épargner les trois espèces d’acropores (formes branchues) à savoir : Acropora palmata, A. cervicornis et A. prolifera.

Colpophyllia natans
Orbicella franksi

Un rapport scientifique est en cours d’élaboration par les deux scientifiques et sera disponible en fin d’année.

Pour rappel : les coraux sont des animaux pour la plupart coloniaux, capables de sécréter un squelette calcaire. Ils sont responsables de la construction des récifs coralliens qui constituent un des principaux écosystèmes marins des mers tropicales. Soixante-douze espèces ont été recensées dans la région Caraïbe. Leur vitesse de croissance est très lente, de l’ordre de quelques millimètres par an pour les formes massives et de quelques centimètres par an pour les formes branchues. Durant la journée, les polypes de la plupart des espèces de coraux des Antilles sont cachés à l’intérieur de petites loges ménagées dans le squelette (les calices). C’est pendant la nuit, période pendant laquelle se nourrissent les coraux, que le plongeur peut observer des polypes épanouis pour certaines espèces.

 

Article rédigé par :

Simone Mège : Chargée de Mission Milieux Marins au Département Patrimoines du PNG

avec *Claude Bouchon, membre du Conseil Scientifique du Parc National de la Guadeloupe, Docteur es sciences, Professeur honoraire des Universités et Directeur du bureau d’Étude « EcoRécif Environnement » et 

*Yolande Bouchon-Navaro, membre du Conseil Scientifique au Parc National de la Guadeloupe, Docteur en Écologie