Parc national de la Guadeloupe
-A +A
Share
Le 08/09/2022
Scientifique
Au mois d’août s’est déroulé un phénomène annuel fascinant : la ponte des coraux du genre Acropora.

Ce phénomène a fait l’objet d’une mission réalisée au mois d’août 2022, en collaboration avec le Grand Port Maritime de Guadeloupe dans le cadre de leur projet de restauration LIFE Adapt’Island. C’est dans ce cadre que les plongeurs se sont mis à l’eau à la recherche de la ponte des coraux Acropora cervicornis et Acropora prolifera.

En Guadeloupe il existe trois espèces d’acropores : Acropora cervicornis aussi appelé corne de cerf, Acropora palmata, le corail corne d’élan et Acropora prolifera qui est un hybride des deux autres espèces. A. cervicornis et A. palmata sont classés en danger critique d’extinction sur la Liste Rouge des espèces menacées de l’UICN (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

Ces coraux sont présents dans des eaux claires et calmes, proche de la surface par exemple dans les lagons, sur zone sableuse et évoluent en trois dimensions. Ils ont un rôle essentiel dans l’équilibre de la biodiversité de la région car ils servent d’abris à de nombreuses espèces marines.

Acropora cervicornis, crédits Claude Bouchon
L'hybride Acropora prolifera, crédits Claude Bouchon

Les coraux, existent grâce à une relation symbiotique avec des algues unicellulaires : les zooxanthelles. Cette symbiose repose sur un échange entre le polype, c’est à dire le corail fixé, et l’algue. En échange de composés carbonés et de CO2 (dioxyde de carbone) issu de la respiration du polype, l’algue facilite la construction du squelette calcaire de l'animal.

Dans le Grand Cul-de-Sac Marin, au sein du cœur du Parc National de la Guadeloupe, il existe deux champs, d’origine naturelle, d’A. cervicornis et A. prolifera.

La ponte des Acropores n’a lieu qu’une fois par an, toujours de nuit, et ne se déclenche que sous certaines conditions précises mais encore mal connues. C’est le CARMABI (Caribbean Marine Biology Institute) qui dresse chaque année un calendrier des pontes dans la Caraïbe, les dates n’étant jamais garanties à 100 % car certains paramètres (température, direction du vent, des vagues, intensité de la lumière…) ne sont pas prévisibles longtemps à l’avance. Quant à l’hybride A. prolifera, il n’existe pour l’instant pas d’information sur sa capacité à se reproduire, sa reproduction n’ayant jamais été observée.

Les observations se sont déroulées au nord de l’îlet Fajou, dans deux récifs riches en Acropora avec le déploiement de deux bateaux regroupant des membres de Caraïbe Aqua Conseil (Directrice : Samantha de la Vigne), ÉcoRécif Environnement (Directeur : Claude Bouchon) ainsi que des agents du Parc national.

Lors de la troisième et dernière soirée d’observation, les plongeurs ont eu la chance d’observer la ponte de l’espèce A. cervicornis ! Les colonies de coraux, sont hermaphrodites, chacune se reproduit en libérant des gamètes mâles et femelles. La rencontre des gamètes en pleine eau va permettre la formation d'une larve qui, après fixation, va créer une nouvelle colonie. L’effet neigeux observable sur les photos est donc dû à ces gamètes libérées par les coraux.

crédits photos Simone Mège - PNG
Ponte d'A. cervicornis, crédits Claude Bouchon

Cette mission a également été l’occasion d’observer la faune marine nocturne, comme le calmar Sepioteuthis sepioidea qui est un prédateur nocturne, ou encore le ver de feu Hermodice carunculata, prédateur de coraux, ou des poissons perroquets dans leur cocon de mucus.

crédits photos Simone Mège - PNG