Parc national de la Guadeloupe
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Le 05/10/2020
Scientifique
Vous connaissez forcément cette créature, on la croise le plus souvent au bord des routes, disparaissant quelques secondes après avoir été aperçue. Cet animal est rentré dans la liste des animaux que l’on croise fréquemment en Guadeloupe, mais ne vous y trompez pas : elle n’a pas toujours été là. On trouve la petite mangouste indienne originellement non seulement en Inde, mais dans un territoire qui s’étend de l’Irak au Myanmar (ex-Birmanie).

Lorsqu'on a l’occasion de regarder attentivement un individu, on remarque d’abord son pelage gris jaunâtre, tirant parfois sur le brun clair. Avec un peu d’attention, on observe des pattes courtes munies chacune de cinq doigts griffus. Son crâne allongé porte de petits yeux bruns et se termine par un museau pointu tandis que ses oreilles sont courtes. Sa queue est plutôt robuste et se rétrécit jusqu’à sa pointe. La mangouste mesure entre 25 et 37 cm de long sans la queue et cette dernière peut participer à presque la moitié de sa longueur totale.

Il figure au menu de cet animal opportuniste de nombreuses proies (reptiles, amphibiens, insectes, arachnides, escargots, petits mammifères, oiseaux) mais aussi quelques plantes.

Carte de répartition de la mangouste indienne avec en vert, son aire d'origine et en orange, son aire d'introduction par l'Homme (source : newsbreak.com)

Ce mammifère est, au même titre que tous les autres mammifères non-volants de Guadeloupe, une espèce importée par l’être humain. Dans le cas de cette mangouste, appelée « Urva auropunctata », elle a été volontairement introduite en 1887 pour lutter contre un invasif ravageur des plantations : le rat noir (Rattus rattus). L’histoire nous dira que cette idée ne fut pas la bonne, et apportera son lot de nouveaux problèmes pour les îles de Saint-Martin, de la Martinique, de la Guadeloupe et sa dépendance Marie-Galante dans les Petites Antilles.

De nombreuses dégradations de la faune locale lui sont attribuées depuis son arrivée sur les îles : l’extinction du reptile Ameiva cinera, la quasi-disparition de deux couleuvres (Liophis juliae et Alsophis antillensis) et la raréfaction de nombreuses espèces d’oiseaux nichant au sol. Ici ne sont dépeints que les effets négatifs sur des espèces étudiées, mais il est évident que les dégâts se répartissent sur un bien plus grand nombre d’espèces.

 

Considérée comme une des espèces animales les plus envahissantes du globe, (voir l'article "espèces exotiques envahissantes") elle a colonisé plus de 60 îles à l’heure actuelle et des mentions récentes font état de populations continentales comme dans l’Est de l’Europe. Mais la mangouste semble loin de s'arrêter là... Une étude du début de l’année 2020 a mis en relation l'accroissement des zones où la mangouste peut se développer et la hausse des températures dûe au réchauffement climatique. Le résultat est sans appel : l’invasion de la petite mangouste ne va faire qu'augmenter avec le temps.

Les scientifiques lancent un signal d’alarme aux gouvernements pour lutter au plus vite contre cette espèce dont l'impact est trop souvent sous-estimé.

En raison de son implantation durable dans l’environnement guadeloupéen, des actions sont menées pour préserver la biodiversité dans les zones les plus sensibles. Ainsi, de 2001 à 2002 sur l'îlet Fajou, a eu lieu une série de piégeages effectuée par le Parc national de la Guadeloupe sur conseil scientifique de l’INRA (Institut National de la Recherche Agricole) : elle s’est révélée particulièrement efficace puisque la première année a vu l’intégralité de la population de mangoustes disparaître de l’îlet !

Cela a permis de stopper la destruction des nids de tortues imbriquées, réamorçant une hausse du succès de reproduction, très lié à cet îlet pour cette espèce.

L’effort se poursuit en 2018-2019 à Port Louis sur deux sites privilégiés de pontes de tortues, mené par l’ONF avec le support de la DEAL (Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Avec un taux de succès encore une fois élevé, ces opérations ont prouvé que la lutte était possible sur des sites de surface restreinte. Reste à savoir si l’avenir nous permettra d’atteindre l’ensemble de la population guadeloupéenne.

Article rédigé par :

Barthélémy DESSANGES
Chargé de mission «Vulgarisation scientifique»
Département Patrimoines et Appui aux Territoires - Service Patrimoines naturel, paysager et culturel du Parc national de la Guadeloupe

mangouste capturée