Parc national de la Guadeloupe
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Le 13/10/2020
Scientifique
Vous l’avez peut-être deviné avec ce titre, nous abordons dans cet article porté sur notre patrimoine naturel un hôte bien connu des habitations : la Babouk. En effet, pour ceux qui ne l’auraient pas croisée au détour d’un passage par la case « frigo » en pleine nuit, cet arachnide, appelé aussi « araignée des bananes » affectionne particulièrement les habitations. Souvent confondue avec d’autres espèces d’araignées-bananes bien plus dangereuses qu’elle, c’est la seule représentante du genre Heteropoda en Guadeloupe, d’où son petit nom latin « Heteropoda venatoria ». Les scientifiques s’accordent à dire qu’elle aurait été importée accidentellement d’Asie du Sud-est, d’après ces similitudes avec des espèces de cette région.

Plus impressionnante par sa taille plus que par son tableau de chasse (qui est vide d’êtres humains), elle mesure entre 8 et 13 cm (longues pattes incluses) et sa morsure, si rare soit-elle, n’inflige qu’une vive douleur sans complication.

Outre sa taille, l’araignée des bananes est de couleur marron (souvent plus sombre que sur l’illustration ci-contre) et présente un motif plus ou moins visible sur l’abdomen (la partie arrière du corps, qui ne porte pas les pattes) composé de deux points noirs sur les côtés et d’une ligne droite noire au centre. Les mâles sont pourvus d’une zone noire centrale sur le dessus du céphalothorax (la partie rassemblant la tête et le thorax, à laquelle sont accrochées toutes les pattes) et ont un corps plus petit que les femelles.

Préférant fuir la présence de lumière (on dit qu’elle est « lucifuge ») et des Hommes à proximité, c’est une chasseuse nocturne qui s’attaque notamment aux ravets et autres indésirables des logements. Notre arachnide ne chasse qu’à l’affût, prêt à fondre sur sa proie en un éclair, il ne tisse donc pas de toile. En dehors des logements, notre araignée possède une préférence alimentaire pour les papillons de nuit, comme l’a démontrée une étude publiée en 2015, qui mettait en lumière une autre caractéristique atypique de cette espèce.

Des scientifiques ont mis à jour que la bande de poils blancs située au-dessus de la mâchoire de l’araignée, appelée par certains la « moustache » sert de leurre…. À papillons ! En effet, le nombre de captures de ce type de proies par la Babouk est grandement augmenté lorsque cette pilosité est présente (oui, cela implique que certaines araignées ont été rasées à des fins scientifiques !). L’hypothèse la plus probable est que comme cette fine bande reflète la lumière, elle attire les papillons par sa teinte très claire, comme certaines fleurs, amenant l’insecte à courir à sa perte.

Malgré son origine lointaine, la Babouk s’est très bien acclimatée aux conditions de vie de la Caraïbe et se retrouve dans de nombreuses régions du monde : de la Floride jusqu’en Amérique du Sud, en passant par certains pays européens. Elle est aussi bien rentrée dans notre quotidien que dans nos habitations, au grand dam de certains. Mais qu’on veuille ou non, elle est la gardienne mal-aimée de notre tranquillité, nocturne tout du moins.

Article rédigé par :

Barthélémy DESSANGES
Chargé de mission «Vulgarisation scientifique»
Département Patrimoines et Appui aux Territoires - Service Patrimoines naturel, paysager et culturel du Parc national de la Guadeloupe